Cérèsia rachète La Bouquine : une coopérative céréalière entre dans la salle de brassage

Cuves de fermentation en inox dans une salle de brassage, illustrant le rachat d’une brasserie artisanale par une coopérative

Une coopérative céréalière qui rachète une brasserie artisanale : l’opération n’est pas banale, et elle dit beaucoup de l’état actuel de la filière. Cet été, le groupe Cérèsia a annoncé la reprise de la Brasserie La Bouquine, installée à Cormontreuil, aux portes de Reims. Une brasserie de taille modeste, mais un signal qui mérite qu’on s’y arrête.

1 600 hectolitres passés sous pavillon coopératif

La Bouquine n’est pas un géant. La brasserie produit environ 1 600 hectolitres par an, emploie sept personnes et déclare un chiffre d’affaires de l’ordre d’un million d’euros, dans un bâtiment de 1 200 m². Elle transforme une centaine de tonnes de malt chaque année. À l’échelle du marché français, c’est une microbrasserie classique ; à l’échelle d’une commune de la Marne, c’est un employeur et une marque identifiée.

Le fondateur, Mathieu Aubert, a décrit une transmission assumée plutôt qu’une vente contrainte, évoquant l’émotion et la confiance avec lesquelles il confie l’entreprise au groupe. C’est un point à noter : toutes les reprises de brasseries ne se font pas dans l’urgence financière, même si beaucoup le sont.

Pourquoi une coopérative agricole s’intéresse à la bière

Cérèsia inscrit cet investissement dans le deuxième pilier de sa feuille de route Horizon 2027, consacré à la diversification : l’idée est de réduire la dépendance du groupe aux fluctuations des marchés agricoles en allant chercher de la valeur plus loin dans la chaîne. La brasserie se trouve à quelques kilomètres du siège de la coopérative, ce qui rend le projet de circuit court crédible sur le papier.

Disons-le clairement : une coopérative qui produit de l’orge et rachète un client transformateur, c’est de l’intégration verticale. Ce n’est ni bon ni mauvais en soi. Pour l’amateur, la question utile est de savoir si la bière restera brassée sur place, avec quelle recette et quelle autonomie. Nous n’avons pas encore ces réponses, et nous nous garderons de les inventer. Le communiqué du groupe met en avant la valorisation des ressources agricoles locales ; c’est une intention, pas encore un résultat mesurable en cuve.

Un cas de plus dans un mouvement de fond

Cette reprise s’ajoute à une série que nous suivons depuis plusieurs mois du côté des brasseries artisanales françaises. Nous avons déjà détaillé pourquoi les brasseries françaises se regroupent, entre alliances, mises en commun d’outils de production et départs à la retraite des pionniers du craft. Et nous avons aussi documenté l’autre versant, moins réjouissant, des fermetures de brasseries enregistrées ces dernières années.

Le rachat par une coopérative agricole introduit toutefois un acteur nouveau dans ce paysage. Jusqu’ici, les repreneurs étaient surtout des brasseries de taille intermédiaire ou des groupements entre pairs. Voir remonter la filière amont — celle de l’orge et du malt — jusqu’à la salle de brassage ouvre une autre voie de transmission pour les brasseurs qui cherchent une sortie sans vendre à un grand groupe brassicole.

Ce qu’il faut surveiller

Trois indicateurs nous paraîssent utiles à suivre dans les mois qui viennent : le maintien de la production et de l’équipe sur le site de Cormontreuil, l’origine réelle des orges et des malts utilisés, et l’éventuelle arrivée de la marque dans les réseaux de distribution du groupe. C’est sur ces trois points que l’on verra si le circuit court annoncé se traduit dans le verre ou reste un argument de communication.

Et vous, que pensez-vous de ce type de reprise ? Préférez-vous voir une brasserie locale rachetée par une coopérative agricole du territoire plutôt que par un groupe brassicole ? Dites-le nous en commentaire, le débat nous intéresse.

Sources : communiqué du groupe Cérèsia, Agrodistribution et Bière Actu.

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