La filière brassicole française traverse une passe difficile, et le gouvernement vient d’en prendre acte publiquement. Dans une réponse à une question écrite publiée au Journal officiel de l’Assemblée nationale le 1er septembre 2026, le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire chiffre les dégâts et détaille les leviers qu’il compte activer.
Le chiffre central est brutal : 209 brasseries ont cessé leur activité en 2025, soit près de quatre fermetures par semaine. Un rythme qui frappe un tissu composé à 96 % de très petites entreprises et de PME, réparties dans toutes les régions et représentant plus de 130 000 emplois.
Un étau économique qui se referme depuis trois ans
Plusieurs facteurs se sont additionnés. La consommation française stagne à 33 litres par habitant et par an, le niveau le plus faible de l’Union européenne. Côté production, les coûts ont grimpé : le prix du verre a augmenté de 32 % entre 2021 et 2023, auquel s’ajoute la hausse des matières premières, à commencer par l’orge brassicole.
Le paradoxe mérite d’être souligné : la France reste le premier producteur européen d’orge brassicole et le premier exportateur mondial de malt, mais ses artisans brasseurs peinent à dégager des marges. Ce mouvement de fond explique aussi les reprises et alliances entre brasseries françaises que nous observons depuis plusieurs mois.
Ce que le gouvernement met sur la table
Le ministère avance trois leviers. Le premier est financier : 19 millions d’euros de subventions publiques, État et collectivités confondus, ont été mobilisés pour la fabrication de bière, et près de neuf aides sur dix vont directement aux TPE et PME. Le taux réduit d’accises dont bénéficient les petites brasseries indépendantes est par ailleurs maintenu.
Le deuxième concerne l’énergie. Avec la fin du dispositif ARENH en 2026, les ateliers de fabrication redoutaient une flambée des prix de l’électricité. La mesure n° 22 du Plan d’électrification prévoit la mise en vente dès 2027 de contrats de long terme, de huit à dix ans, adossés à l’électricité renouvelable soutenue par l’État, pour un volume cible d’un gigawatt.
Le troisième porte sur les emballages, poste de coût majeur pour un brasseur. L’expérimentation ReUse, qui mutualise des contenants réemployables et fonctionne aujourd’hui dans quatre régions, doit être généralisée à tout le territoire en 2027. Quatre-vingts millions d’euros d’investissements issus des éco-organismes sont annoncés la même année pour adapter les chaînes d’embouteillage.
Réemploi et sans alcool, les deux paris de moyen terme
Les brasseurs ne partent pas de zéro sur le réemploi : leur filière affiche un taux de 8,7 %, ce qui en fait la deuxième plus contributrice en France, et la canette recyclable représente désormais un quart des ventes en grande distribution. Ces chiffres prennent un relief particulier alors que le gouvernement vient de renoncer à la consigne des canettes, un arbitrage qui rebat les cartes pour la filière.
L’autre relais identifié est la bière sans alcool, en croissance de 11,5 % par an. Quatre brasseurs sur dix en produisent déjà et trois sur dix ont un projet en cours. Le plan France 2030 est mobilisé pour financer la modernisation des équipements, via des programmes comme Première Usine ou Territoires d’Industrie.
Ce qu’il faut en retenir quand on aime la bière
Ce plan a le mérite d’exister et de reconnaître l’urgence. Il repose toutefois largement sur des échéances fixées à 2027, alors que trois à quatre brasseries disparaissent chaque semaine. Le calendrier de déploiement sera donc déterminant, tout comme la simplification administrative promise, plus difficile à chiffrer qu’une subvention.
Pour vous, cela se traduit très concrètement : la brasserie que vous visitez le week-end, celle dont vous achetez les bouteilles au marché, évolue dans un environnement économique tendu. Suivre l’actualité de la bière permet de repérer ces mouvements, et pousser la porte des brasseries locales reste le geste le plus direct pour peser dans la balance.
Vous avez vu une brasserie fermer près de chez vous, ou au contraire une jeune brasserie qui tient bon ? Racontez-nous en commentaire : ce sont ces retours de terrain qui complètent le mieux les statistiques nationales.
Source : L’Officiel des Métiers, 2 septembre 2026, d’après la réponse publiée au Journal officiel de l’Assemblée nationale du 1er septembre 2026 (question écrite n° 14421).




