Il aura fallu quinze ans de démarche collective pour y parvenir. Le 1er octobre 2026, la Commission européenne a officiellement enregistré la Vlaams roodbruin bier, la rouge-brune flamande, en indication géographique protégée (IGP). Une première pour la bière belge, qui rejoint ainsi un cercle encore très fermé de bières protégées à l’échelle européenne.
Un style unique : fermentation mixte et vieillissement en foudre
Typique de la Flandre occidentale, la rouge-brune flamande se distingue par une robe acajou et des notes acidulées et fruitées héritées d’une fermentation mixte. La méthode traditionnelle consiste à assembler généralement 75 % de bière jeune à 25 % de bière mûrie plusieurs mois dans des foudres de chêne. Ce vieillissement en bois, que la Commission européenne qualifie d’unique dans la culture brassicole belge, est aussi pratiqué par les brasseurs de lambic. La plus ancienne description documentée de ce savoir-faire remonte à 1851.
Les huit brasseries du HORARB
La démarche IGP est portée depuis 2011 par le Haut Conseil des Authentiques Bières Rouges Brunes flamandes (HORARB), qui rassemble huit brasseries de Flandre occidentale : la Brasserie Rodenbach (Rodenbach, Roulers), la Brasserie Verhaeghe (Duchesse de Bourgogne 6,2 %, Vichte), la Brouwerij Omer Vander Ghinste (Vander Ghinste Roodbruin 5,5 %, Bellegem), la Brouwerij Strubbe (Ichtegem’s Grand Cru 6,5 %, Ichtegem), la Brouwerij De Brabandere (Petrus Roodbruin 5,5 %, Harelbeke), la Brouwerij ’t Verzet (Oud Bruin 6,0 %, Anzegem), SOSAB (XII Flemish Red Ale 5,2 %, Courtrai) et la Brasserie Van Honsebrouck (Bacchus).
Ce que l’IGP change concrètement
Le nom Vlaams roodbruin bier est désormais protégé à l’échelle de l’Union européenne. Son usage est soumis à un cahier des charges strict, qui garantit aux consommateurs l’origine et la méthode de fabrication. La rouge-brune flamande entre ainsi dans la liste des vingt produits belges dotés d’une IGP, aux côtés du boudin blanc de Liège, du jambon d’Ardenne ou de la mattentaart de Grammont.
À noter : la vieille gueuze et la vieille kriek bénéficient d’une protection différente depuis 1997, la spécialité traditionnelle garantie (STG), qui protège une méthode et non une origine géographique.
La Belgique rejoint les grands : Kölsch, Berliner Weisse, Çeské pivo
Avec cet enregistrement, la Belgique s’inscrit dans une dynamique européenne de protection des bières de terroir. L’Allemagne protège depuis plusieurs décennies la Kölsch (Cologne), la Dortmunder Bier, la Berliner Weisse, la Münchner Bier et l’ensemble de la Bayerisches Bier (Bavière). La Tchéquie protège la Çeské pivo et la Budějovické pivo (Bohême du Sud). D’autres territoires avancent leurs pions : en Italie, le Consorzio Birra Origine Piemonte finalise un dossier pour une IGP bière du Piémont, une démarche déjà détaillée sur ce site.
Pour les brasseurs flamands du HORARB, après quinze ans d’efforts, la reconnaissance est symboliquement forte : la rouge-brune flamande peut désormais défendre son identité géographique sur les marchés européens et internationaux.



